Récupérer aux relais en grande voie, l'art de tenir 8 longueurs sans s'effondrer

En grande voie, ce qui te casse au bout de quatre longueurs, ce n'est pas la difficulté technique. C'est l'accumulation de mauvaises micro-décisions au relais. Une gestion approximative du matériel, un encas oublié, un décoincement de nœud raté, et tu arrives à la quatrième longueur en déficit. Cette page détaille ce qu'on fait réellement aux relais, dans le bon ordre, pour grimper huit longueurs en restant frais.

4 juillet 2026·6 min de lecture·Antoine
Deux grimpeurs en grande voie installés à un relais suspendu en pleine paroi calcaire ensoleillée, casques rouges et baudriers bleus, matériel ordonné et corde rangée, vide vertigineux en arrière-plan
Sommaire9 sections

Pourquoi le relais décide de la grande voie

Dans le parcours d'apprentissage du grimpeur sportif, la grande voie arrive après plusieurs années en falaise sportive. Sur 6 à 10 longueurs, tu passes autant de temps aux relais que dans les longueurs. Compte 15 à 30 minutes par relais, soit 2 à 3 heures cumulées sur une journée de 7 heures sur la paroi. Cette durée, c'est ta marge de récupération. Bien gérée, tu finis frais ; mal gérée, tu finis à court d'énergie à la 5e longueur, sur des cordes qui pendent dans le vide. La tactique générale de la grande voie en pose le cadre.

J'ai pris cette gifle pédagogique sur la voie Éperon Sublime au Verdon en 2021. Première grande voie de 8 longueurs en autonomie complète avec un copain. On a perdu 25 minutes à chaque relais en hésitations, matériel qui traîne, mousquetons emmêlés. Résultat : pris par la nuit à la 7e longueur, descente en rappel à la frontale, mauvais moment et zéro plaisir. Depuis, je travaille mes relais comme une cordée qui sait ce qu'elle fait.

Le rituel du grimpeur qui arrive en haut

Quand tu arrives en haut d'une longueur en tête, tu suis un ordre fixe. Premier point : tu te vaches directement sur le relais avec ta longe ou une cordelette autobloquante. Tu cries sécurité à l'assureur en bas. Deuxième point : tu installes ton système de reversé (Reverso Petzl ou Black Diamond ATC Guide) sur le relais. Troisième point : tu cries du mou pour ramener la corde et tu commences à avaler le brin de ton compagnon.

Les six gestes du leader au relais

  • Vacher sur le point central. Longe en H ou autobloquant sur le maillon central. Jamais sur une seule plaquette, toujours sur le point d'unification.
  • Crier sécurité. Le compagnon t'enlève de l'assurage. Tu restes relié par la corde, mais c'est lui qui gère le brin en bas.
  • Installer le reverso. Reverso ou ATC Guide bloqué en haut pour assurer le second en moulinette inversée. Tu testes le mécanisme avant de crier vache.
  • Ranger les dégaines posées. Tu ranges tes dégaines en bas du baudrier pour éviter qu'elles ne te gênent quand tu assures.
  • Avaler la corde. Une fois le second en montée, tu avales le mou de façon continue, sans tirer fort.
  • Communiquer. Cris courts et codifiés. Mou, sec, libre, sécurité, vache. Pas de phrases longues qui se perdent dans le vent.

Le rituel du second qui arrive

Le second arrive avec une marge de souffle. Lui, il est déchargé de la responsabilité de poser le matériel. Mais il doit récolter les dégaines posées par le leader, et arriver propre au relais. Quand il arrive, il se vache rapidement, et il commence à réorganiser le matériel pour la prochaine longueur. Pendant que le leader souffle, le second prépare. C'est la division des rôles dans une cordée efficace.

Une fois la cordée au relais, tu es en mode pose. C'est le moment de boire, manger, gérer la suite. Pas le moment de raconter une blague qui dure 10 minutes (sauf si la cordée est en mode tranquille, ce qui peut être légitime sur une voie facile). Sur une grande voie engagée, chaque minute compte. La nuit ne pardonne pas, le froid non plus.

Le confort du corps au relais

Suspendu dans le baudrier 30 minutes, ton périnée comprimé, tes fémorales serrées, tes pieds gonflés dans des chaussons trop serrés. La douleur arrive en 20 minutes maximum. Pour soulager : repose tes pieds sur une vire si elle existe, desserrer tes chaussons dès que possible (mais garde-les attachés au baudrier !), et ouvre légèrement le sertissage du leg loop si ton modèle le permet.

Sur les longues voies (au-delà de 200 mètres), je desserrer même totalement mon baudrier au relais quand la position le permet. Tu peux respirer largement, ta circulation revient, et tu resserres avant de repartir. C'est un geste qui prend 30 secondes mais qui change tout sur 8 longueurs. Forcément, pas question de faire ça sans être vaché solidement sur le relais.

Manger et boire au bon moment

Tu dois manger dès le deuxième relais, pas attendre d'avoir faim. La faim, en grande voie, c'est déjà trop tard. Idem pour la soif. Mon protocole : une gorgée d'eau à chaque relais, un encas solide tous les deux relais. Compte 50 ml d'eau par relais et 200 calories tous les deux relais. C'est plus que tu ne penses, c'est la marge qui te tient jusqu'à la sortie.

ItemQuantitéFréquence
Eau1,5 litre pour 2 grimpeursPetites gorgées tous les relais
Barres énergétiques4 par grimpeurUne tous les deux relais
Fruits secs (dattes, abricots)Petit sachetAu relais long ou en attente
Sucre rapide (gel ou sucre)2 par grimpeurAvant les longueurs clés
Sandwich solideAu pied de la voieAvant de partir, pas en cours
Ravitaillement type pour une grande voie de 6 à 8 longueurs

L'erreur classique, c'est emporter trop ou pas assez. Trop : tu remontes 3 litres d'eau pour rien et tu te casses les jambes. Pas assez : tu paies au crux. Pour une voie de 6 heures, 1,5 litre d'eau à deux suffit largement. Pour une voie de 10 heures en été, monte à 2,5 litres à deux. Réduis en saison fraîche.

Le matériel à organiser au relais

Quand le leader repart, il doit avoir un baudrier propre et symétrique. Dégaines longues à gauche, courtes à droite (ou inverse selon ta préférence). Friends rangés par taille croissante. Cordelette de prussik à un endroit accessible. Si tu ne réorganises pas, tu te retrouves à fouiller en pleine longueur, au-dessus du dernier point, avec les bras qui pompent.

Au relais, tu fais aussi le bilan du matériel qui te reste. Tu as utilisé 8 dégaines sur 12 ? Il te reste 4. La longueur suivante demande 6 dégaines, tu rentres en déficit. Soit tu remontes des dégaines sur les pièces précédentes (lourd à faire), soit tu adaptes ta stratégie. Cette comptabilité mentale fait partie de la tactique de grande voie.

Communication et signaux

Tu communiques par cris courts, codifiés, audibles dans le vent. La liste : sécurité (je suis vaché), libre (tu peux retirer l'assurage), relais (le relais est installé), vache (mets-toi en vache), sec (tends la corde), mou (donne du mou). Six mots, c'est tout. Tu évites les longues phrases qui se perdent ou se confondent. En cas de doute, tu répètes le dernier mot ou tu siffles un coup.

« Un relais efficace, ce sont six gestes en moins de 8 minutes. Tout le reste, c'est du bavardage qui te coûte du temps. »

Antoine· ancien compétiteur FFME, pratiquant de grande voie depuis 2018

Le froid et le moral en altitude

Au-delà de 1500 mètres ou en mi-saison, le froid arrive vite au relais. Tu sors une polaire ou une coupe-vent dans ton sac d'approche réduit. Couvre les avant-bras et les mains en priorité, parce que c'est ce qui te lâche si tu refroidis. Une paire de gants légers en stretch peut sauver la fin de voie. J'en emmène un toujours, même en été.

Le moral baisse aussi en grande voie. Au 4e relais, tu peux te dire que c'est trop dur, que tu vas redescendre. C'est normal, c'est le mur mental. Mange, bois, regarde la longueur suivante, et tu repars. La fatigue mentale s'évacue avec une respiration carrée au relais. C'est aussi le bon moment pour lire la longueur suivante depuis le relais, ce qui prépare le cerveau à l'effort.

Les variantes selon le profil de la voie

En voie classique en moulinette en bas (style Verdon), le relais est suspendu mais avec des points fixes. En voie d'aventure (style Vercors), le relais peut être sur des coinceurs naturels et nécessite plus de vigilance sur la qualité des points. En voie en altitude (style Mont-Blanc TD), le relais inclut une protection avec piolet ou broche à glace. Adapte ton rituel à chaque contexte, mais garde les six gestes de base. Le rappel pour redescendre suit la même logique, comme détaillé dans la descente en rappel sur double brin.

§ FAQ

Foire aux questions sur récupérer aux relais en grande voie.

01Combien de temps doit durer un relais ?

Compte 8 à 15 minutes en général, 5 minutes si tu es pressé ou en voie facile, 20 minutes au max si tu manges vraiment. Au-delà, tu perds du temps utile. Réduis par exercice systématique. Un relais qui dure 25 minutes, c'est 2 heures cumulées sur 6 longueurs, soit une perte énorme.

02Faut-il vraiment se détacher au relais ?

Pas se détacher de la corde, mais de l'assureur. Tu restes encordé tout le temps de la voie, c'est ton lien de sécurité. Tu te détaches juste de l'assurage du compagnon une fois que tu es vaché et que tu assures le second en reverso. C'est une nuance importante.

03Que faire si on est trois sur un relais ?

Vache obligatoire pour chacun sur le point central. Rôles définis à l'avance : leader, second, troisième. Le troisième suit en moulinette inversée derrière le second. Tu organises les matériels en ranges séparés pour éviter le bordel. C'est plus lent qu'à deux, mais c'est faisable avec préparation.

04Comment gérer l'envie d'uriner en grande voie ?

Tu peux uriner depuis le relais si tu es bien placé et que tu ne touches personne en dessous. Pour les femmes, certaines pratiquent l'urine direct via un dispositif fermé. C'est une réalité peu discutée mais essentielle pour les voies de plus de 4 heures. Boire pas mal, mais uriner aux relais permet de tenir.

05Faut-il toujours assurer le second en moulinette inversée ?

Oui, c'est la méthode standard et la plus sûre depuis 2010. Le reverso bloque automatiquement en cas de chute du second. Tu ne tiens plus la corde à la main, ce qui économise tes bras et évite les accidents de vigilance. C'est la base de la cordée moderne.

06Le relais peut-il être un point existant ou faut-il toujours construire ?

En voie équipée moderne, les relais sont chaînés avec 2 ou 3 plaquettes déjà unifiées par une chaîne ou un maillon central. Tu te vaches dessus directement. En voie d'aventure, tu construis avec friends et coinceurs, plus engagé. Pour débuter, évite les voies non équipées.

Antoine, rédacteur d'escalade-france.fr

Écrit par

Antoine

Grimpeur depuis 13 ans. Premiers blocs au lycée Camille Sée de Colmar, premières voies en falaise sur les contreforts vosgiens, et désormais des semaines à sillonner la France pour identifier et tester les meilleurs spots. Niveau actuel 8a en falaise sport, 7b en bloc, classé top 200 jeunes au ranking FFME en 2012-2014. Quelques voies ouvertes dans le Jura et les Vosges depuis 2018.

Aucun contenu généré · Aucune affiliation cachée · Tous les articles relus avant publication